« Avec la culture numérique, l’Eglise est confrontée à un grand défi » 

Le conseil pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation vient de rendre public le nouveau Directoire pour la catéchèse. Ce long document a été approuvé par le Pape François le 23 mars dernier, il évoque la formation des catéchistes, l’écologie, ou encore… Internet.

Extraits de la conférence de presse de Mgr Rino Fisichella, Président de ce Conseil, qui avait préfacé le premier livre de Jean-Baptiste Maillard, Dieu et Internet (lire aussi : Evangéliser sur Internet, mode d’emploi). Il a rappelé que la catéchèse doit être une évangélisation kérygmatique. Il en est justement de même avec Internet, si bien qu’on pourrait très bien remplacer dans ce texte le mot “catéchèse” par “évangélisation sur Internet” ! La mission de l’Eglise sur Internet doit justement être, elle aussi, kérygmatique pour permettre à nos contemporains de rencontrer le Christ…

CONFÉRENCE DE PRESSE

Aujourd’hui, l’Église est confrontée à un grand défi sous la forme d’une culture numérique. Se focaliser sur un phénomène qui s’impose comme mondial exige que ceux qui sont responsables de la formation ne tergiversent pas.

Contrairement au passé, où la culture se limitait au contexte géographique, la culture numérique est intimement liée à la mondialisation en cours et détermine même son développement. Les instruments créés au cours de cette dernière décennie manifestent une transformation radicale des comportements qui influencent avant tout la formation de l’identité personnelle et des relations interpersonnelles. La vitesse du changement linguistique, et avec elle, les relations comportementales, nous permet d’entrevoir un nouveau modèle de communication et de formation, qui affecte inévitablement aussi l’Église dans le monde complexe de l’éducation.

Les diverses manifestations de la présence de l’Église dans le vaste monde d’Internet sont certainement un fait positif, mais la culture numérique va beaucoup plus loin. Elle va à la racine de la question anthropologique qui est décisive dans tous les contextes de formation et qui ne peut pas priver la vérité et la liberté. La simple pose de ce problème nécessite la vérification de l’adéquation de toute proposition de formation quelle que soit sa provenance. Pour l’Église, cependant, cette vérification est particulièrement nécessaire à la lumière de sa «compétence» sur l’humanité et de sa prétention à la vérité.

Cette prémisse est peut-être, en soi, suffisante pour exiger un nouveau Directoire pour la Catéchèse. Il n’est pas exagéré de dire que vingt ans à l’ère numérique sont comme un demi-siècle avant son apparition. D’où la nécessité d’avoir un Directoire qui examinerait avec un réalisme profond les évolutions culturelles récentes en tenant compte des exigences de la catéchèse. C’est pour cette raison que ce texte présente non seulement les problèmes inhérents à la culture numérique, mais suggère également les voies à suivre pour que la catéchèse devienne une proposition susceptible d’être comprise et adaptée aux exigences de son contexte.

La catéchèse doit donc être intimement liée à l’œuvre d’évangélisation et ne peut en être séparée. Elle doit assumer les caractéristiques mêmes de l’évangélisation, sans tomber dans la tentation de s’y substituer ou de vouloir imposer ses prémisses pédagogiques à l’évangélisation. Dans cette relation, la primauté appartient à l’évangélisation et non à la catéchèse. Cela nous permet de comprendre pourquoi, à la lumière d’Evangelii gaudium, ce Directoire se distingue par son soutien à une «catéchèse kérygmatique».

Le cœur de la catéchèse est l’annonce de la personne de Jésus-Christ, qui dépasse les limites de l’espace et du temps pour se présenter à chaque génération comme la bonne nouvelle offerte pour atteindre le sens de la vie. Dans cette perspective émerge une caractéristique fondamentale que la catéchèse doit s’approprier : la miséricorde. Le kérygme est une annonce de la miséricorde du Père envers le pécheur qui n’est plus considéré comme une personne exclue, mais comme un invité privilégié au banquet du salut, qui consiste en la rémission des péchés. Si nous le souhaitons, c’est dans ce contexte que l’expérience du catéchuménat acquiert de la force comme expérience du pardon offert et de la nouvelle vie de communion avec Dieu qui s’ensuit.

La centralité du kérygme doit cependant être reçue dans un sens qualitatif non temporel. Elle nécessite en effet d’être présente dans toutes les phases de la catéchèse et dans chaque catéchèse. C’est la «première annonce» qui est toujours faite parce que le Christ est la seule chose nécessaire. La foi n’est pas quelque chose d’évident à invoquer dans les moments de besoin, mais un acte de liberté qui engage toute la vie. Le Directoire fait donc sien la centralité du kérygme exprimé toujours dans un sens trinitaire comme un engagement de toute l’Église. La catéchèse telle qu’exprimée par le Directoire se caractérise par cette dimension et ses répercussions sur la vie des gens. Dans cette vision, l’ensemble de la catéchèse acquiert une valeur particulière qui s’exprime dans l’approfondissement constant de notre compréhension du message évangélique. En bref, la catéchèse est destinée à conduire à la connaissance de cet amour chrétien qui conduit ceux qui l’ont embrassé à devenir des disciples évangélisateurs.

Le pape François a écrit que «proclamer le Christ signifie montrer que croire en lui et le suivre est non seulement quelque chose de juste et de vrai, mais aussi quelque chose de beau, capable de remplir la vie d’une splendeur nouvelle et d’une joie profonde, même au milieu des difficultés. Chaque expression de la vraie beauté peut ainsi être reconnue comme un chemin menant à une rencontre avec le Seigneur Jésus. (…)

Le Directoire présente donc la catéchèse kérygmatique non pas comme une théorie abstraite, mais plutôt comme un instrument à forte valeur existentielle. Cette catéchèse trouve sa force dans la rencontre qui permet d’expérimenter la présence de Dieu dans la vie de chacun de nous. Un Dieu proche, qui nous aime et qui suit les événements de notre histoire car l’Incarnation du Fils l’engage directement. La catéchèse doit impliquer tout le monde, le catéchiste et le catéchisé, à vivre cette présence et à se sentir impliqué dans l’œuvre de miséricorde. Bref, ce type de catéchèse nous permet de découvrir qu’avant d’être une proposition morale, la foi est vraiment une rencontre avec une personne et que le christianisme n’est pas une religion du passé, mais un événement du présent. Une telle expérience favorise la compréhension de la liberté personnelle comme le fruit de la découverte de la vérité qui nous libère (réf. Jean 8,31).

Une catéchèse qui donne la primauté au kérygme est le contraire de toute imposition, même celle d’un corpus de preuves incontournables. L’option de la foi, en fait, avant de considérer le contenu auquel adhérer par son assentiment, est un acte de liberté parce qu’on découvre qu’on est aimé. Dans ce contexte, il est bon d’examiner attentivement ce que le Directoire propose concernant l’importance de l’acte de foi dans sa double articulation (réf. N. 18). Pendant trop longtemps, la catéchèse s’est concentrée sur la divulgation du contenu de la foi et sur les meilleures méthodes pédagogiques pour y parvenir, en omettant le moment le plus crucial qui est l’acte de décider de la foi et de donner son assentiment.

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