Evangélisation par Internet : « Il faut faire preuve de créativité »

L’hebdomadaire Dimanche compte 65.000 lecteurs et fait partie de Cathobel, dont la mission est notamment l’animation du site officiel de l’Eglise de Belgique francophone. Dans son édition du 4 juin dernier, était présenté en Une un dossier spécial dédié à l’évangélisation par Internet. Le secrétaire général de Lights in the Dark, Jean-Baptiste Maillard, auteur du livre Dieu et Internet, 40 questions pour mettre le feu au web (EDB 2011), a été interviewé. Extraits originaux.

A quel public s’adresse-t-on avec l’évangélisation sur Internet ?

En priorité, il faut s’adresser « à ceux qui sont loin » et qui n’ont jamais entendu la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité, comme le souligne Paul VI dans ce texte de référence sur l’évangélisation dans le monde moderne, Evangelii Nuntiandi, à ré-découvrir aujourd’hui. Ensuite, on peut s’adresser « aux multitudes de personnes qui ont reçu le baptême mais vivent en dehors de toute vie chrétienne », « aux gens simples ayant une certaine foi mais connaissant mal les fondements de cette foi », « aux intellectuels qui sentent le besoin de connaître Jésus-Christ sous une lumière autre que l’enseignement reçu dans leur enfance » et, finalement à tous, croyants ou non-croyants, pratiquants ou non, de toute religion confondue, bref tous ceux qui sont « comme des brebis sans berger » (Mt 9,36). Le monde entier est plein d’hommes et de femmes qui ont soif de faire la rencontre qui donnera tout son sens à leur vie !

L’Eglise est-elle assez présente ou a-t-elle « pris le train en retard » ?

L’Eglise n’est jamais assez présente sur Internet pour que les chrétiens puissent témoigner assez largement et « efficacement » de leur foi en Jésus sauveur de tout homme. En effet, comme le Christ nous a envoyé « par le monde entier proclamer l’Evangile à tous les nations » (Mc 16,15), il y a toujours plus d’hommes de cultures ou de pays lointains qui ont besoin de trouver sur le web un début de réponse au sens de leur existence, et la possibilité, comme le disait Jean-Paul II, d’y trouver le visage du Christ ou d’y entendre Sa voix. Ainsi, les trois questions les plus tapées dans Google sont, selon le moteur de recherche, « Qu’est-ce que l’amour ? », « comment embrasser ? » et « qui est Dieu ? ». Mais il ne faut pas oublier l’essentiel : la possibilité qu’Internet mène à une rencontre « en chair et en os » avec des chrétiens accueillants, qui prient et qui s’aiment. Ainsi s’accomplira cette parole de l’évangéliste Jean : « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples » (Jn 13,25). Et des conversions seront alors rendues possibles, par l’action de l’Esprit Saint, premier protagoniste de toute évangélisation.
Pour répondre plus précisément à votre question, j’ajouterais qu’il y a quelques années, le Pr. Daniel Arasa, Professeur à l’Université pontificale de la Sainte-Croix à Rome, avait déclaré que l’internet catholique était un « open-intranet ». Autrement dit, que nos sites sont peut-être encore trop tournés vers les catholiques. Il manque en tout cas beaucoup de sites Internet pour tous ceux qui sont loin de l’Eglise, « aux périphéries ». Nos frères protestants évangéliques sont sur ce terrain-là beaucoup plus « en avance » que nous, malgré certaines limites propres à leur histoire.

Faut-il privilégier les initiatives de particuliers, de mouvements ou plutôt donner la priorité aux organes officiels de l’Eglise ?

Servir la communication officielle, institutionnelle de l’Eglise et toutes ses composantes (jusqu’aux mouvements de jeunes, communautés, etc.), ce n’est pas toujours délivrer un message qui intéresse le plus nos contemporains et qui réponde le mieux à leurs profondes aspirations, à la recherche de leur coeur ou de leur âme. De plus, le vocabulaire est souvent réservé aux connaisseurs ou aux habitués, ce pourquoi, peut-être, le pape François nous invite à utiliser un « nouveau langage ». Il faut donc privilégier des initiatives portées par des « minorités créatives », qui soient non pas dans des postures de confrontation plus ou moins stérile, comme on le voit encore trop souvent aujourd’hui chez certains chrétiens, mais au contraire une proposition d’ouverture incarnée, pour discuter, dialoguer, inviter à la rencontre, qui, elle seule, permet une évangélisation en profondeur. Je crois aussi beaucoup aux opérations sur Internet menée par des équipes de jeunes, qui sont, comme le rappelait Benoît XVI, « en syntonie » avec ces nouveaux moyens de communication sociales, s’il s’appuient toutefois sur les conseils de plus anciens dans la foi qu’eux. Si ces derniers leur font profiter de leur expérience avec sagesse, ce tandem « jeunes/anciens » peut porter beaucoup de fruit ! Je pense ici à une opération que nous avions menée avec nos équipes, via notre site Ainsi soient-ils.com, pour apporter un éclairage sur la série télévisée du même nom, qui prenait Paris pour cadre mais qui a également été diffusée en Belgique. Au final, nous avons plus de 100.000 visiteurs à chaque diffusion de leurs saisons, dont beaucoup de non-croyants, qui nous ont écrit. Un des cinq acteurs principaux qui jouaient des séminaristes, aux portraits pourtant peu flatteurs pour l’Eglise, a pu, sur notre proposition, passer 3 jours en immersion dans un « vrai » séminaire. Là s’est produite, aussi, l’évangélisation, dans le respect de la liberté de chacun. Ce qui prouve aussi que lorsque l’institution est plus ou moins visée, comme c’était le cas avec cette série, elle est toujours mieux « défendue » par des initiatives extérieures…

Pour revenir aux organes officiels de l’Eglise, ils peuvent facilement servir de « caisses de résonance » sur ces initiatives, et c’est ici qu’ils sont attendus. Cela portera d’autant plus de fruits. Bien sûr, ils peuvent eux aussi se lancer pour évangéliser ceux qui sont loin de l’Eglise, mais en gardant bien à l’esprit la nécessite de conserver une forte créativité, une grande liberté de ton, voire même une dose d’humour. Ce dernier aide beaucoup à briser la glace avec ceux de nos contemporains pour qui l’Eglise est vieille, ringarde et pas drôle, bref ne donnant pas envie d’être chrétien !

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